POINT FORT

Marie-Michèle MOREAU, responsable de l’antenne du Conservatoire du Littoral de Martinique

Depuis 1975, le Conservatoire du Littoral de Martinique contribue de façon significative à la préservation d’écosystèmes reflétant la biodiversité des Antilles et au maintien d’espaces naturels sur le littoral soumis à une forte pression foncière. Rencontre avec Marie-Michèle MOREAU, responsable de l’antenne de Martinique.

Quelles sont les missions du conservatoire du Littoral ?

Notre première c’est l’acquisition foncière, c’est-à-dire que le conservatoire du littoral a pour mission de protéger à travers un outil qui est l’achat de terrain, ça peut se faire à l’amiable, par préemption ou expropriation.

Deuxièmement, nous valorisons les sites qui sont achetés au préalable. Cela passe par des aménagements qu’on réalise pour ouvrir les sites aux publics et faire connaitre ce qu’on y trouve, il peut s’agir d’un intérêt paysager, culturel ou encore touristique.

Pour finir en tant que bon père de famille, on doit assurer la pérennité de la gestion, celle-ci est réalisée par des partenaires qui assurent au quotidien la gestion du site, l’entretien ainsi que les petites réparations. Il s’agit de communes, des associations avec qui nous passons des conventions et qui sont constitués en équipe de garde du littoral.

Quels sont les sites que vous gérez ?

Au total nous avons 4 000 hectares en Martinique réparties en 2 000 hectares de mangroves depuis 2015 et 2 000 hectares de sites que nous avons achetées qui sont connues du public comme celui du domaine du grand Macabou, du Morne Larcher, l’Etang des Salines, l’Ilet Lougarou, le Rocher du Diamant, l’Ilet la Perle. Il y a également de grand domaine forestier entre le Prêcheur et Grand-Rivière, ou encore la Caravelle qui est gérée par le Parc Naturel de Martinique, mais qui est une propriété du Conservatoire du Littoral.

La plupart des sites environ 95% sont ouverts au public et c’est même une obligation pour nous. Cependant, nous préservons toujours une partie et parfois quand ce sont des milieux très fragiles certains sont fermés, comme l’ilet Boisseau au Robert et d’autres partiellement comme l’ilet Lougarou. Certains sites eux sont fermés pour raisons de sécurité c’est le cas du Rocher du Diamant.

Comment sont choisis ces sites ?

A l’origine ont les choisit en fonction des enjeux. Il y a un travail qui a été fait en amont il y a plusieurs années et qui a été actualisé récemment. C’est le travail qui définit nos stratégies d’intervention, pourquoi on intervient et à quel endroit. Tout dépend des enjeux en terme de conservation d’espèces menacées ou rares, de paysages, ou encore de pressions particulières en terme de développement de l’urbanisation.

Les scientifiques nous font également remontés des informations. Les associations et les élus locaux nous font part des secteurs qui souhaitent voir protéger souvent pour des raisons liées au maintien des paysages.

A partir de cela, on a défini une cartographie à l’échelle de la Martinique qui nous permet d’identifier tous les sites majeurs à protéger et de hiérarchiser aussi en fonction des pressions de l’urbanisation. On essaye de maintenir sur toute l’ile un échantillon de tous les panels de la diversité des paysages, des écosystèmes de l’ile.

Un plan de gestion est ensuite défini pour chaque site afin d’identifier ce que l’on souhaite, où on veut protéger, valoriser, quels problèmes et atouts il y a sur le site. Puis nous déterminons les objectifs par exemple de surveillance, de protection ou développement d’activité.

Comment sensibilisez-vous la population ?

La vulgarisation de l’information et la sensibilisation se fait soit à travers des équipements sur le terrain, soit à travers des documents papiers ou numériques que nous mettons en place pour chacun des sites.

Sur le terrain, on peut retrouver les panneaux d’informations, cependant on essaye d’en faire de moins en moins pour ne pas trop polluer en termes de paysage. On réalise aussi des documents pédagogiques à destination du public ou des scolaires. Il peut s’agir de documents qui présentent la mangrove des Antilles par exemple, ou des ouvrages, certains sont vendus. Le dernier présente des ballades sur le littoral, il est vendu en librairie. Ce guide aura une application qui permet depuis son smartphone de visualiser un peu le circuit et d’avoir des commentaires sur ce qu’on peut découvrir, c’est assez interactif. Nous présentons aussi les randonnées avec des brochures et il y a également un site sur le Rocher du Diamant avec des caméras qui permettent de visualiser en direct la faune. De plus, nous avons réalisé un puzzle sur la mangrove pour les scolaires.

Nous participons régulièrement à différents évènements, nous serons par exemple bientôt au forum Bod Lanmé.

Quels sont vos projets ?

Nous avons plein de projets en cours de valorisation. Par exemple entre le Précheur et Grand-Rivière nous avons un site qui s’appelle Fond Moulin, qui était une ancienne habitation et qui possède des ruines consolidés par le conservatoire. On va démarrer des travaux de scénographie qui vont présenter l’histoire de l’habitation. Le même travail est en cours sur le site de Petite Poterie au Marin, là ce sont des vestiges de four-à-chaux et de four à poterie qui vont bénéficier d’une scénographie particulière.

On espère également avec le Parc Naturel de Martinique pouvoir d’avantage ouvrir le phare de la Caravelle au public de temps en temps et proposer un aménagement avec une scénographie à l’intérieur et sur un espace à l’extérieur en lien avec la station météo.

Nous avons aussi comme projet la réhabilitation du sentier sous-marin du Cap Salomon qui a un peu souffert à cause des évènements climatiques et d’une mauvaise utilisation. Les travaux ont débuté Ce sentier permet une observation du milieu marin, il y a cinq bouées d’observations et un périmètre balisé autour.

Pour conclure…

Je pense que la plupart de nos compatriotes ont compris aujourd’hui l’importance de la préservation de nos espaces littoraux, il voit bien le revers de la médaille. Tout le monde est conscient des conséquences de nos actes sur le milieu. Il faut seulement accepter les contraintes de cette nécessité de préservation.

Propos recueillis par Kaylan Fagour

Laissez un commentaire