Biodiversité

Vers une association entre agriculteurs et apiculteurs

Depuis 2015, la FREDON Martinique travaille sur le projet pluriannuel «Agriculture-Apiculture-Environnement». Eddy Dumbardon-Martial, co-responsable de la mise en œuvre, nous parle des objectifs, des résultats obtenus jusqu’à maintenant, des enjeux et des étapes ultérieures du projet. Discussion.

En quoi consiste le projet ?

Ce projet consiste à la mise en place durable d’une association agro-écologique, entre l’arboriculture fruitière et l’apiculture. Par cette association, nous désirons améliorer la pollinisation des productions arboricoles qui est effectuée par l’activité apicole ainsi que par les pollinisateurs sauvages, mais aussi apporter les ressources nécessaires à la production apicole soit, la ressource florale d’une exploitation fruitière et de son environnement immédiat.

Comment est venue l’idée d’un tel projet ?

On a décidé de mettre en place ce projet parce que certains agriculteurs arboricoles s’associaient avec des apiculteurs pour favoriser la pollinisation de leurs cultures, mais nous n’avions aucune certitude que cette association apportait réellement des bénéfices. Nous avons démarré le projet pour avoir des références techniques et économiques locales sur ce type d’association et ainsi, pouvoir accompagner les professionnels dans le cadre de méthodes alternatives et écologiques.

Les résultats obtenus jusqu’à maintenant démontrent-ils que ce type d’association est bénéfique ?

La première question a été de savoir quels sont les pollinisateurs que l’on rencontre dans les vergers. Parce que pour mettre en place une telle association, il faut connaître la communauté des pollinisateurs. C’est à dire les différentes espèces qui sont associées à une essence fruitière donnée (dans notre cas le goyavier), et vérifier si l’abeille mellifère pollinise vraiment. Pour ce faire, on a mis des parcelles expérimentales où on a étudié la diversité des insectes qui butinent les goyaviers, et le comportement de chacun.

On a pu voir qu’il y a cinq espèces d’insectes qui visitent les goyaviers, et que parmi les cinq, il y en a deux qui sont efficaces. Une abeille sauvage nommée le «vonvon» et l’abeille mellifère qu’on retrouve dans les productions apicoles. On a donc démontré que l’abeille mellifère est un bon pollinisateur pour le goyavier et qu’une association peut être faite.

Nous avons aussi comparé le diamètre et le poids des fruits ainsi que le nombre de graines des fleurs de goyaviers qui avaient été pollinisées avec des fleurs qui ne l’avaient pas été. On a vu que les fleurs qui n’avaient pas été pollinisées avaient des fruits plus petits et avaient un poids inférieur. Les pollinisateurs assurent donc un service de pollinisation naturelle et permet une meilleure qualité de fruits.

À quels enjeux répond ce projet ? Quelles sont les problématiques rencontrées ?

Ce qu’il faut savoir c’est qu’en Martinique, dans les milieux tropicaux, on est dans une configuration où les grandes cultures comme la banane et la canne ne dépendent pas directement de la pollinisation. Pour les cultures comme la goyave, la fleur peut se former sans pollinisation, par contre, celle-ci va améliorer la qualité du fruit. Nous sommes donc dans un schéma où l’on ne dépend pas à 100 % de la pollinisation. Le deuxième point c’est que contrairement aux pays tempérés, les parcelles d’ici sont beaucoup plus réduites et par conséquent, la culture ne représente pas une ressource importante pour l’apiculteur. Celui-ci positionne ses ruches dans des zones naturelles pour bénéficier de la ressource qui est produite par la nature. Donc demander à un apiculteur de mettre des ruches dans une exploitation agricole où a priori les cultures ne représentent pas une ressource conséquente, ça peut poser problème.

De quelle façon allez-vous encourager cette association chez les apiculteurs ?

Ça c’est la partie du projet où il faut prendre en compte la ressource nécessaire à la production apicole. C’est à dire l’ensemble des plantes qui fournissent le nectar du pollen aux abeilles. Et c’est là un des axes de notre projet, qui est d’évaluer la ressource florale des exploitations agricoles. Il faut savoir si à l’échelle des exploitations il y a suffisamment de fleurs pour maintenir une activité apicole. Ce paramètre est essentiel  pour la pérennité de cette association.

Puisqu’a priori la culture en elle-même ne suffit pas, il faut que son environnement immédiat soit favorable. La conservation des haies par exemple. Est-ce que celles-ci sont bien conservées ? Que faudrait-il faire pour les restaurer, quelles espèces utiliser ? Les espèces végétales sont-elles mellifères, pollinifères ? Etc.

Quelles sont les prochaines étapes du projet ?

La prochaine étape est une étude expérimentale où on va mettre des ruches dans un verger afin de vérifier l’effet des ruches sur la production de goyave. Ensuite nous allons suivre les colonies d’abeilles pour voir si elles sont populeuses et si elles produisent du miel.

Présentement nous sommes plus dans l’aspect environnemental, mais pour que notre projet soit dans un cadre de développement durable, nous devons y inclure l’aspect sociaux-économique. C’est à dire la relation entre les gens et les personnes morales que sont les exploitants. L’idée serait de caractériser les relations des apiculteurs et agriculteurs qui ont associé leur production respective. Voir comment ils arrivent à travailler ensemble. Les points forts, les points faibles, les levées d’action, etc., pour pouvoir dégager des axes sur lesquels il faudrait plus travailler.

Propos recueillis par Mariska Desmarquis


Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles de la Martinique

www.fredon972.org
contact@fredon972.org
Tél : 0596 73 58 88

Laissez un commentaire