Invité(e)

Daniel Martinvalet, responsable du musée de la banane

Située sur les terres de l’ancienne habitation Limbé, le musée de la banane vous initie à l’histoire de ce célébre fruit jaune et de sa culture en Martinique. Echange avec son responsable Daniel Martinvalet.

Pouvez-vous nous présenter le musée de la banane ? 

Le musée de la banane c’est une structure qui existe depuis 1996 et qui a donc cette année 22 ans. L’idée c’était de présenter et valoriser la filière banane. A travers une exposition permanente qui retrace l’histoire de la banane, puis un jardin qui propose de découvrir une collection de 64 variétés et un espace avec différentes cases pour présenter les produits de l’agro-transformation autour de la banane. Depuis 4 ans nous avons également un restaurant “La bananeraie” qui complète notre offre touristique et commerciale.

D’où viennent les variétés qu’on retrouve ici ?

A l’origine, il n’y avait pas de bananier en Martinique, il a été introduit chez nous. Les textes nous rapportent que les premiers fruits sont arrivés chez nous en 1516 dans le sillage de Christophe Collomb. L’introduction s’est faite par Hispanola et ensuite dans toute la Caraibe. La première était une banane de type figue pomme et c’est après que les autres variétés sont arrivées notamment celle à cuire pendant la période de l’esclavage avec l’arrivée de la banane plantain et les autres comme la Cavendich ou les frecinettes sont arrivées à la fin du 19ème siècle. La banane n’est pas un fruit endogène, c’est quelque chose qu’on a fait venir chez nous, car le point de départ d’origine c’est l’Asie du sud est et plus précisément la Papouasie-Nouvelle-Guinée. C’est un fruit qui a beaucoup voyagé.

Quelles sont les particularités du bananier ?

Du point de vue de la botanique, le bananier reste entre guillemet un mystère, par rapport à son mode de reproduction, c’est par poussée végétative que les fruits comestibles que nous mangeons actuellement se reproduise à partir du bulbe, celui-ci pousse et vous avez des rejets qui vont pousser et qui vont ensuite remplacer celui qui a donné son régime. Il faut savoir aussi que la durée de vie d’un bananier c’est le temps de la floraison, pour les cavendichs c’est-à-dire les ti nain, vous plantez votre bananier aujourd’hui et 9 mois après vous récoltez votre régime de banane, le bananier ne vit que 9 mois, même si la souche va rester plus longtemps. La durée varie pour les autres type des variétés, les bananes jaunes c’est environ 11 à 12 mois par exemple. Il y a aussi un autre paramètre, c’est que la qualité des fruits et la croissance du bananier dépend aussi de la qualité de votre terre, si c’est irrigué ou pas par exemple. Il y a plein de paramètre qui rentre en ligne de compte, sans oublier qu’il y a les bananes sauvages. Il ressemble à un bananier, mais les fruits sont remplis de graines qu’on peut planter. Ce sont des variétés intéressantes pour la botanique, car elles résistent à certaines maladies.

Quelles sont les menaces qui pèsent sur les bananiers ?

Il y a plusieurs insectes ravageurs, qui plane sur la production. Il y a la cercosporiose jaune et noire, ce sont des champignons qui se posent sur les feuilles et qui provoquent des nécroses. La photosynthèse du bananier ne se fait pas dans de bonnes conditions et le bananier peut soit avoir une floraison plus rapide et les fruits peuvent avoir tendance à ne pas grossir et murir très rapidement. C’est pour ça qu’il faut agir pour stopper la progression de la maladie. L’autre menace c’est les insectes dont le charançon qui croute des galeries dans le bulbe du bananier, ce sont des portes d’entrées pour des maladies qui fragilisent le bananier, il finit par tomber. Depuis près de 20 ans pour lutter contre cette menace, nous utilisons des pièges a charançon totalement écologique et ça permet de contenir et limiter la population de charançon dans les plantations.

Au sein du musée, nous n’utilisons aucun pesticide, nous faisons du compost, nous coupons l’herbe à la débrousasilleuse. L’enherbement n’est pas incompatible avec la culture de la banane, il y a plein d’exploitation qui font ça.

Pouvez-vous nous présenter les possibilités en matière de transformation ?

La banane est un fruit que l’on peut transformer de milles et une manière différentes, le bananier peut être utiliser pour de l’artisanat c’est-à-dire faire avec ses fibres du revêtement , des poupées ou encore du papier. En ce qui concerne les fruits, on peut aussi en faire de la liqueur, du vin, du punch, des produits comme de la confiture, le ketchup, les essences, de l’huile, la farine, la banane séchée. Il y a une grande déclinaison des choses que l’on peut faire autour de la banane qui reste un fruit rempli de ressources et extrêmement intéressant.

Quel types de public accueillez-vous ?

Nous sommes un site touristique, mais pas seulement. S’il fallait faire une répartition, nous avons 60% de touristes et 40% de locaux en intégrant les écoliers. Nous avons un partenariat avec les planteurs qui permet à un certain nombres d’enfants scolarisés en Martinique de venir au mois de mai et juin pour découvrir gratuitement le musée de la banane. L’idée c’est de faire en sorte que les enfants de la Martinique puissent connaitre et maitriser leur environnement en ayant une plus grande connaissance des fruits qui nous entoure. On constate que les gens vivent en Martinique, que les gens passent tous les jours à coté de plantation, mais qu’ils ne connaissent pas forcément la banane. Notre rôle est donc également pédagogique.

Propos recueillis par Kaylan Fagour

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